La Sianne, notre rivière
La Sianne prend sa source comme sa sœur l’Allanche dans le Massif du Cézallier oriental entre le Mont Chamaroux et le Mont du Luguet à près de 1500 mètres d’altitude, dans une « sagne » terrain marécageux, d’où vient son nom.
La Sianne prend sa source comme sa sœur l’Allanche dans le Massif du Cézallier oriental entre le Mont Chamaroux et le Mont du Luguet à près de 1500 mètres d’altitude, dans une « sagne » terrain marécageux, d’où vient son nom.
Sur le bord des estives le cours de la Sianne est momentanément stoppée par une retenue artificielle formant "Le lac de la Terrisse. Son cours est alors divisé en deux. Une partie de ses eaux est forcée dans une conduite pour alimenter une petite centrale électrique. L’autre reprend le lit historique jusqu’à la chute de la cascade.
Après la cascade de La Terrisse, la Sianne traverse le bassin de La Tour. Passé le pont de Vèze, elle pénètre des gorges boisées sauvages, profondes de 300 mètres.
A plusieurs reprises la petite rivière doit se frayer un passage entre les rochers qui l’obligent à faire des boucles. Elle traverse alors un formidable territoire de nature sauvage. Après le hameau d’Allagnon, la Sianne quitte les gorges et serpente dans le fond de la vallée, ses rives deviennent verdoyantes. En 10 kilomètres, elle est descendue de 600 mètres.
Tout au long de ses vingt cinq kilomètres, elle ne cesse de grossir, alimentée par d’innombrables ruisseaux. A partir d’Auriac, la Sianne profite d’un parcours sans obstacle, aborde le dernier hameau de Chazelle dans la partie la plus large de la vallée et finit son voyage en arrosant les potagers en aval de Blesle. En ces lieux, aux pieds des orgues basaltiques elle rejoint la Voireuse et se jette dans l’Alagnon, affluent de l’Allier au lieu-dit « Les trois rivières ». La Sianne a rempli son destin.
La retenue sur la Sianne à la sortie des estives formant le lac de la Terrisse
Le lieu-dit les trois rivières. Fin du parcours de la Sianne
Joseph Fialip né en 1913 à Grèze, commune de Molèdes, qui a vécu toute sa vie dans les hameaux de Grèze, Feydit, Escrouzet, a consigné sur deux cahiers durant plusieurs années ses réflexions sur sa vie d’antan et celle de sa famille dans la vallée de la Sianne. Il évoque ici avec émotion cette petite rivière du Cézallier, la Sianne, associée aux villages où il a vécu.
…« Le massif du Cézallier, bien arrosé par les pluies de printemps et d’automne, humidifié par les fortes couches de neige de l’hiver donne naissance à de nombreux ruisseaux et plusieurs rivières qui coulent vers les vallées de l’Allier et de la Dordogne. Ces monts du Cantal constituent une ligne de partage des eaux entre les bassins de la Loire et de la Dordogne.
Mes souvenirs les plus lointains s’attachent aux eaux claires de la sianne. D’abord petit ruisseau courant à travers les pacages herbeux, près du Signal du Luguet ; un filet d’eau qui flâne en zigzaguant jusqu’au hameau de la Terrisse.
L’hiver c’est la neige et le froid. Le petit ruisseau disparait sous la neige gelée jusqu’au printemps. Et alors il grandit subitement et s’enfonce avec force dans la vallée toute proche. Et tout à coup son cours s’accélère, la pente augmente, des roches friables n’ont pu résister à son assaut et à celui des autres petits ruisseaux qui viennent grossir, tel le ruisseau de Vèze et ce sont les gorges étroites et rocheuses de La Tour, Conche, Bonarme…
Au pont de Vèze la vallée à la largeur de la rivière et du pont qui la traverse. Ce sont les gorges de la Sianne durant plusieurs kilomètres. A leurs débuts elles sont ornées d’une belle forêt d’épicéas, de sapins grands, élancés ; c’est le bois de Chamalière d’où ont été tirés les solives des granges et écuries des villages voisins et les planches pour la construction des maisons. C’est le meilleur bois de la région et sa renommée était grande autrefois.
Avec la descente et des altitudes plus faibles, les espèces végétales ne sont plus les mêmes. Le long ruisseau d’altitude, qui devient bientôt rivière, voici du taillis, des saules, des noisetiers, des épineux aussi, comme l’aubépine. Sur les pentes, à droite et à gauche, le sapin laisse la place aux hêtres, aux bouleaux, aux chênes et à un arbre plus familier, le frêne ou l’acacia, qui aiment entourer les petites prairies et viennent, au fur et à mesure de la descente, longer le cours toujours sinueux de la rivière qui peu à peu s’apprivoise.
Tout doucement, la vallée s’élargit. L’herbe pousse dans les plus petits espaces laissés libre par les taillis et les arbres. A côté de quelques coins habités par une ferme isolé, toute une vie sauvage s’épanouie…
Suivant sont cours, la petite sianne va bientôt perdre sa personnalité. Dans une vallée plus large, ce n’est plus elle la reine. Il y a des prairies plus vastes, des champs plus fertiles, des arbres qui la délaissent et ne se penchent plus avec autant d’amour sur son lit plus large et moins attirant. En grandissant elle va vers la mort. L’Allagnon qui descend des monts du Cantal la rencontre au babory de Blesle et l’entraîne dans l’oubli de l’Allier puis de la Loire et l’océan..."
Joseph Fialip
Extrait du livre-souvenirs "Itinéraire d’un enfant de la vallée de la Sianne"
Institué par le Ministère de l’environnement, le Contrat de rivière s’efforce de prendre en compte l’approche globale de la gestion de l’eau et des milieux aquatiques à l’échelle du bassin versant.
La Sianne se jetant dans l’Allagnon au Babory de Blesle, son bassin versant est donc un sous bassin de celui de l’Allagnon et contribue à son débit et à sa qualité.
La faune et la flore de la vallée de la Sianne reflètent parfaitement de l’état de santé de la rivière. Selon les quelques relevés d’information concernant la rivière, la qualité des eaux et le patrimoine écologique qui en découlent sont considérés comme une référence.
Les cours d’eau du bassin versant de la Sianne ont la réputation d’être particulièrement riches du point de vue piscicole. Les espèces de truites fario, d’ombres communs, d’écrevisses à pieds blancs, de chabot, vairon et loches franches y sont présentes naturellement. Ces poissons sont très sensibles à la dégradation de la qualité de l’eau et au respect de leur habitat.
Les paysages de la vallée de la Sianne ont fait l’objet de plusieurs zones de classifications européennes « Natura 2000 » pour les richesses floristiques (orchidées) et faunistiques (oiseaux) qu’elles renferment.
Le patrimoine bâti lié à l’eau est très dense et particulièrement varié .Mais la qualité des eaux reste surtout le fruit d’une faible densité de la populationet d’une agriculture qui ne suit pas la course à l’intensif. Toutefois, la question de l’assainissement à l’échelle du territoire devra trouver dans les années à venir des solutions, puisque les communes ont désormais l’obligation de mettre en oeuvre un projet d’assainissement adapté.
Entretien et restauration des berges
La vallée de la Sianne est plus que jamais concernée par la restauration du milieu. Des travaux de restauration des berges notamment ont déjà eu lieu en 2002 sur la commune de Blesle et sur d’autres secteurs d’intervention en 2003 sur Blesle et Auriac-l’Eglise.
Ces interventions sont de plus en plus nécessaires. Autrefois, la Sianne était entretenue naturellement grâce aux nombreuses activités de la population qui en dépendaient.
Aujourd’hui, les riverains n’utilisent presque plus la rivière pour leurs besoins, la valorisation du bois issu de l’entretien des berges ne présente plus d’intérêt économique, les moulins se sont tus, les travaux d’entretien sont devenus coûteux.
Faute d’entretien, la rivière sera encombrée de détritus de toutes sortes et les berges seront envahies par la végétation. L’écoulement des eaux sera réduit. Les fonctions biologiques se dégraderont avec la perte de la biodiversité conduisant à réduire la qualité de l’eau. Enfin, l’attrait paysager et touristique de la vallée diminuerait.

Le frère Mizoule, instituteur à Auriac-l’Eglise entre 1888 et 1899 et poète,a composé un hymne à cette belle et attachante rivière : la Sionne, dévenue depuis la Sianne...
Promène doucement tes ondes fugitives
Dans le creux des vallons, sur le bord des chemins ;
Mêle ton bruit sonore à ces voix si plaintives
Qui montent des grands bois de chênes et de pins,
Et qui parlent au cœur du dernier des humains.
Tel un ruban d’acier, ô ma belle Sionne !
En méandres nombreux tu contournes les bois,
Tu grondes, en courant, ainsi qu’une lionne,
Sans vouloir écouter, de mille et mille voix,
Les suaves concerts qu’on entend quelquefois,
Fuis, rejaillis, écume en ton grand lit de pierre.
Chaque jour je te vois, non loin de ces coteaux,
Je t’entends murmurer une longue prière :
C’est l’hymne qu’au Seigneur adressent les ruisseaux
Qui s’en vont bruyamment sous de verts arbrisseaux,
C’est mon désir, fais trève à ta route lointaine.
Suspends pour un instant ton cours précipité.
Du brave vigneron remplis donc la fontaine.
Arrose son verger l’hiver comme l’été.
Donne à ses champs, fraîcheur, vie et fécondité.
Je le veux, réponds-moi ? Ne prends-tu pas ta source
Au pied de ces vieux monts, tout près du Cézallier ?
Ne vas-tu pas, non plus, au terme de ta course,
Te joindre à l’Alagnon et descendre à l’Allier,
Dont le flot à ton flot désire s’allier.
Sur tes bords toujours frais. agréable coureuse,
Frère Loubayre et moi nous venions nous asseoir.
Sans cesse, devant nous, gentille voyageuse,
Tu passais en chantant sans nous apercevoir.
Ton onde nous baignait cependant chaque soir.
Près de toi nous goûtions les charmes de l’étude.
Nos esprits, réchauffés, se réveillaient plus forts.
Nous quittions à regrets l’aimable solitude
Où la nature en fête et féconde en trésors,
Nous ouvrait son grand livre où je lis sans efforts.
Il est pour l’homme pur de charmantes retraites,
D’harmonieuses voix, des accords, des clameurs ;
Il est pour deux amis des délices secrètes,
Des chants mystérieux, des bruits et des rumeurs
Que ton culte, ô Sionne ! a gravé dans nos cœurs.
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